Religion, laïcité et port de la cravate ? (Laurent Roussel)

Par: Laurent Roussel - il y a 1 année, 5 mois

religion, essai, Laïcité

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De plus en plus, j’entends parler dans les médias, dans les réseaux sociaux et de la bouche de nos politiciens, de laïcité, de religion, de radicalisme et les derniers tragiques évènements viennent encore souligner ces thèmes délicats. Je trouve que les mots et les messages qui sont diffusés se mélangent, s’amalgament dans nos esprits et sèment de plus en plus de confusions émotionnelles et mentales qui peuvent parfois nous amener à poser des gestes qui dépassent notre belle sagesse intérieure. J’ai conscience que ces sujets sont sensibles, complexes et nécessiteraient de nombreuses pages d’explications, mais je vais donc tenter d’éclaircir les choses en vous partageant ma vision personnelle en abordant ce qui me semble pertinent à ce jour. Il se peut que j’utilise le « nous » dans certaines phrases, ceci n’étant pas dans le but de mettre tout le monde dans le même « sac de pensées », mais plutôt de rappeler à l’ Unité qui au-delà de nos diversités nous connecte naturellement toutes et tous.

Pour m’épauler dans cet exercice, j’aime revisiter un peu l’histoire et examiner les événements qui seraient selon moi susceptibles d’avoir influencé nos modèles de pensées tout autant que nos émotions individuelles et collectives. Je commencerais donc par revenir plus particulièrement sur un événement qui a eu et a encore un impact considérable sur notre inconscient collectif et les actions qui ont été menées par la suite en ce début de siècle : les attentats du 11 septembre 2001 .

Ce sujet m’est sensible, et je vais m’y attarder un peu, car je dirais que c’est à ce moment là que « comme dans le film Matrix, j’ai avalé la fameuse pilule rouge » qui m’a invité, non sans peine à ouvrir ma conscience sur une réalité beaucoup plus sombre de notre société. En effet, j’ai tout d’abord vu les deux tours s’effondrées sur elles-mêmes et ceci juste à peine en moins de 2 heures après s’être faîtes percutées par les avions ? Peu de temps après, un autre bâtiment de 47 étages subissait mystérieusement le même sort en s’effondrant à la vitesse d’une chute libre, le lendemain après on nous annonce à la télé qu’on a retrouvé dans les décombres le passeport d’un des pirates de l’air (alors qu’on a semble-t-il jamais retrouvé les boîtes noires ?). Que dire encore de l’attaque d’un des bâtiments les plus surveillés au monde, le pentagone, dont les autorités sont incapables de mettre à disposition du public des images du crash de l’avion ?

Au fond de moi, tout en ressentant un malaise profond, je m’en rappelle très bien ça a fait un truc du genre « hum ..hum…c’est impossible, il y a quelque chose qui cloche dans cette histoire ?!».

Cela m’a poussé à mener mes propres recherches et sans m’étendre là-dessus, il m’est devenu clair que cet évènement était l’élément déclencheur de la mise en action d’un agenda géopolitique beaucoup plus vaste qui devait servir prioritairement les intérêts de l’oligarchie américaine et autres intéressés.

Le monde, en état de choc , n’a plus jamais été le même depuis ce moment là. Comment la première puissance économique et militaire du monde a pu se faire attaquer de la sorte en assistant à ces évènements sans bouger le plus petit doigt ? Impensable ? Très rapidement les 19 terroristes ont été identifiés et ils semblaient venir tous du Moyen-Orient. Les médias ont alors massivement communiqué sur l’origine de ces personnes, on ne parlait pas encore d’islamisme à ce moment là, mais de terroristes …d’origine arabe . Le cerveau de cette opération, Oussama Ben Laden et le groupe qu’il soutenait « Al-Qaïda » revendiquaient les attentats. Il fallait agir et très rapidement les autorités américaines se sont lancées dans une guerre contre le terrorisme. Bush a prévenu le monde que ceux qui ne soutiendraient pas les US dans cette nouvelle campagne, étaient du côté des terroristes. C’est si simple à comprendre, il y a deux camps les bons et les méchants, faîtes votre choix !

Après quelques présentations douteuses au conseil de sécurité, la cible idéale fût « logiquement » très vite choisie. En effet, comme la majorité de ces terroristes étaient d’origine saoudienne, Bush fils et son administration décidèrent de finir le travail de Papa en attaquant…l’Irak et son fameux dictateur « Saddam Hussein » ?! Euh...le rapport me direz-vous entre l’Arabie Saoudite et l’Irak ? Et bien dans les deux cas, il y a du pétrole, beaucoup de pétrole, à part que la pompe irakienne n’alimente pas aussi docilement l’appétit des compagnies pétrolières US et autres.

La suite tragique des évènements on la connaît, guerre en Afghanistan et en Irak, le début du printemps arabe avec le soulèvement des peuples en Tunisie et en Égypte, …et plus proche de nos jours, la guerre en Lybie et en Syrie. Dans cette quête de « guerre contre la terreur », au nom de l’instauration d’une pseudo démocratie et au-delà des millions de civils et soldats blessés ou assassinés, quelques têtes de dictateurs tombent (Saddam Hussein, Ben Laden, Kadhafi…Bachar Al Assad …ah non lui ça n’a pas marché).

Quinze années d’horreur initiées par les oligarques américains et soutenus par leurs alliés complices. Le résultat : toutes ces zones touchées par des actions directes ou indirectes ont été ébranlées ou voire anéanties physiquement, moralement et culturellement. « Al-Qaïda » sévit toujours et s’est trouvé renforcé par d’autres groupes toujours plus cruels tels que « Boko Haram » ou encore « Daesh » qui au-delà de leurs propres méfaits, n’hésitent pas à revendiquer le moindre attentat terroriste en constante augmentation. Que dire encore de la détresse de millions de réfugiés fuyant l’horreur en quête non pas d’un paradis, mais d’un espace d’accueil tout simplement plus paisible. Elle est belle la « Guerre contre la terreur » !

Je ne cesserais jamais de le dire : « tout ce que l’on combat, on le renforce… , je rajouterais que « la rigidité prend souvent racine dans la terre de l'injustice » et l’émergence de ces groupes terroristes en est une évidente confirmation à mes yeux.

Pendant ce temps là, nous occidentaux, comment avons-nous vécu ces événements ?

Nos générations avaient été habituées à voir la guerre ou les conflits au cinéma ou dans nos jeux vidéo. Mais là, au début des conflits et à travers les médias, l’horreur s’invite progressivement dans toutes les sphères de nos vies jusqu’à la table de notre salle à manger. Mais cette fois, c’est bien réel ! Ainsi, on nous explique par l’intermédiaire d’experts en tout genre l’évolution de la situation appuyée par des images des fameuses frappes chirurgicales ou de la dernière explosion du jour. Depuis, les techniques de communication ont « évolué » et suite à l’avènement des réseaux sociaux, des smart phones, des médias en tout genre, il est possible aujourd’hui d’assister sans aucune pudeur à l’horreur la plus réelle sous tous les plans, sans aucune limite et en tout temps.

Que dire encore des messages véhiculés et de leur influence par rapport à ces événements ?

Il est à noter qu’au début des attentats du 11 septembre, il était question de terroristes d’origine arabe , ils étaient symbolisés par un visage, celui de Ben Laden. Tout ce qui avait une barbe, un teint mat, un accent étranger et des habits « originaux » pouvait sembler suspect. Je me rappelle quelques mois après les attentats, avoir été en Floride avec un de mes collègues pour un séminaire IT, nous portions tous les deux une simple barbe en forme de bouc et nous avions plutôt le look méditerranéen. Et bien, malgré nos gueules d’ange et nos passeports européens, les autorités américaines nous ont systématiquement arrêté aux douanes et fouillés sans ménagement. L’amalgame et la peur !

Progressivement, en quête probablement de nouvelles informations (sensations ?), les médias grand public se sont aussi intéressés à la religion de ces peuples en conflits ou des terroristes. Et de plus en plus, on nous a souligné le fait qu’ils étaient arabes et aussi de religion islamique. Ces messages ont tourné en boucle matin et soir, suffisamment pour qu’ils pénètrent peu à peu notre inconscient collectif. Résultat probable : lorsque l’on nous parle d’arabe, de musulmans ou d’islam, notre mental aura une tendance à les assimiler avec l’horreur des conflits ou des attentats et ainsi éveiller par association les émotions que cela peut nous susciter (colère, peur, injustice, impuissance, etc.).

De ce fait, notre perception de la réalité peut être amenée à se troubler, comme si nous portions l’espace d’un instant des lunettes avec des verres plus ou moins faussés ou « voilés ».

De plus, en mentionnant la notion de Religion, une porte très importante vient de s’ouvrir dans notre inconscient collectif.

Car au-delà, de l’Islam qu’en est-il des autres religions pratiquées en occident comme le catholicisme par ex. ?

En surface, elle est beaucoup moins active qu’elle ne l’était par le passé, le nombre de pratiquants à diminuer, ainsi que d’une certaine manière son pouvoir. Cependant, il est bon de se rappeler que l’église était il n’y a pas si longtemps et pendant plusieurs centaines d’années omniprésente dans les sphères de notre société. Son influence et son pouvoir étaient considérables. Est-ce que ses actions ont toujours été à la hauteur des messages de paix et d’amour véhiculés il y a deux milles ans notamment ? Pas si sûr, les guerres de religion, l’inquisition, les châtiments divers, ont aussi clairement laissé des traces émotionnelles dans notre inconscient collectif (peur, souffrance, injustice, etc.).

A-t-on vraiment individuellement et collectivement libéré ce passif émotionnel ?

Personnellement, je pense que même si extérieurement l’église est moins présente, ce processus de libération est en cours et que ce bagage émotionnel hautement sensible continue de se transmettre de gènes en gènes et donc de génération en génération.

Ainsi donc, si on revient avec notre perception de la symbolique d’origine arabe de religion islamique, nous venons d’ajouter à notre paire de lunette, une lentille supplémentaire qui est directement liée à notre vécu individuel et collectif par rapport à notre propre religion.

Croyez vous que sous cette influence supplémentaire, nous sommes à même de percevoir la réalité sous une perspective des plus objectives ?

Mais ce n’est pas tout, car en touchant à la Religion on ouvre encore une porte des plus sensibles. Celle entre l’équité homme-femme. En effet, le port du foulard islamique est souvent le sujet de prédilection qui refait surface dans les débats sur la laïcité par ex. Bien sûr, car au-delà de la Religion, il met selon moi l’emphase sur une certaine prise de pouvoir de l’homme sur la femme et sans nul doute de la sexualité. Et plusieurs milliers années d’histoire en témoignent de cette emprise.

Je ne peux m’empêcher de faire le lien avec un autre symbole beaucoup moins spectaculaire qu’est « la cravate », n’est-il pas à lui seul un objet masculin qui symbolise la puissance phallique par excellence ?

Comme une flèche, elle indique clairement la direction, c’est plus bas que cela se passe …entre les deux jambes. N’est-il pas étrange de voir que les hommes qui prennent les grandes décisions dans ce monde la portent systématiquement ? Alors, au même titre que le foulard islamique, ne devrait-on pas s’interroger sur sa pertinence … :-) ?

Un peu plus sérieusement, pour en revenir à toutes les souffrances émotionnelles, physiques et mentales subies consciemment ou inconsciemment par les femmes ? Ce sont-elles volatilisées comme par magie depuis qu‘on leur a accordé il n’y pas si longtemps, le droit de vote ou encore on leur a autorisé à ouvrir seule un compte bancaire ?

Personnellement, une fois de plus, je ne le crois pas, ces blessures sont belles et bien présentes, certes en cours de libération/guérison alors qu’il reste encore tant à faire dans les changements de nos mentalités, nos comportements et par extension nos structures sociétales pour manifester concrètement cette équité.

Et cela commence selon moi par l’accueil, la découverte de nos polarités et tout ce qu’elles représentent à l’intérieur de nous.

Comme vous vous en doutez, cette dimension émotionnelle vient s’ajouter à notre paire de lunette déjà bien chargée et vient renforcer comme je l’ai déjà dit notre perception objective de la réalité et nous faire glisser peu à peu(r) dans le « jugement » rigide et le protectionnisme potentielle.

Alors, pour en revenir à la laïcité qui pourrait venir à notre rescousse, dont j’en rappelle ici la définition : conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l'Église et de l'État et qui exclut les Églises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.

Sur le fond, l’idée est intéressante et dans sa mise en application notre première approche mentale fût de vouloir supprimer tous les signes ostentatoires religieux tels que croix, foulard, etc. des institutions publiques (écoles, administrations, etc.). Cela revient selon moi à repousser ou éloigner ces symboles et ainsi faire comme s’ils n’existaient plus et par association tout ce qui touche à la religion. Le hic, c’est qu’en dehors des institutions publiques, ces symboles existent toujours et nous rappellent inconsciemment à nos vécus émotionnels individuels et collectifs.

Alors que faire ? Éradiquer tous les signes religieux ? Personnellement, je pense que les Religions représentent le dessus de l'iceberg, car sur le fond et en synthèse, elles véhiculent les mêmes messages d’amour et de tolérance. Ce qui rentre beaucoup plus en ligne de compte, ce sont les conséquences de leurs mises en application à travers l’histoire et les blessures mentales, émotionnelles et physiques que nous ressentons encore aujourd’hui inconsciemment et collectivement.

Ainsi donc, je tente à démontrer que lorsqu'il est question de religion, de laïcité, de radicalisme, d'Islam ou de terrorisme; immanquablement nous visitons et sommes influencés par différents facteurs émotionnels et mentaux liés aux messages inconscients transmis par les médias, à l'impact de notre propre religion ou encore aux blessures que soulève un sujet aussi sensible que l'équité homme-femme par ex. Pas étonnant donc de voir que ces thèmes nous rendent mal à l'aise et peuvent nous amener à réagir au-delà de la raison.

Plus que jamais, je pense sincèrement que dans l’époque mouvementée et en pleine transition que nous traversons, il est sain de s’observer, de revenir à soi et voir en quoi le malaise que l’on peut ressentir vis à vis des événements extérieurs nous parle et comment il peut être soulagé et libéré. Pour ainsi, agir dans un état d’esprit plus léger et plus paisible et poser des gestes essentiels dans la co-création d’une société plus juste, tolérante et épanouissante pour la Vie sous toutes ses formes.

Avant de vous remercier, je terminerais par deux citations :

" Sois le changement que tu veux voir dans le monde " (Gandhi)
" …ce monde a besoin de « révolutionnaires » et non de personnes révoltées !" (proverbe africain)


Merci de vous être rendu(e)s à cette ligne :-)

De tout Cœur,


Laurent Roussel